2016
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Transmettre des valeurs humaines et spirituelles, école des filles de Jérusalem

C’est dans une petite ruelle, rue Saint-Georges, non loin de porte de Jaffa, que se trouve l’école Terra Sancta des filles ou TSG. L’école est bien franciscaine mais dirigée par un ordre dont la fondatrice, Sainte Émilie de Vialar, disait : « Allez et avec ce que vous avez et recevrez, faites tout le bien que vous pouvez ». Oui, vous avez deviné, il s’agit des Sœurs de Saint-Joseph-de-l’Apparition.

« Nous sommes arrivées en Palestine en 1848 répondant à l’appel des pères franciscains, raconte Sœur Frida Nasser directrice de l’école. Le Patriarche Latin venait lui aussi tout juste d’arriver.» La mission qui leur était assignée était la suivante : prendre en charge les filles chrétiennes de la Vieille ville de Jérusalem. Simple ? Pas si simple que ça. Les sœurs enseignaient l’arabe et le français, la couture et la broderie. « Les sœurs avaient une trentaine de filles au départ, les filles venaient, il n‎’y avait pas encore de classification par âge ou de niveau. »

Les documents manuscrits en possession des sœurs nous emportent dans le temps. Ils témoignent de la richesse confessionnelle qu’a pu accueillir l’école durant l’occupation ottomane, période difficile pour la population locale. « Grâce aux archives nous savons qu’il y a avait en plus des catholiques latins, des étudiantes arméniennes et même turques. Nous avions des étudiants de toutes les communautés religieuses. » Ces pages soigneusement réparties par année, section et âge, calligraphient des noms d’origines différents ainsi que les noms de professeurs, leur fonction et détails de parcours.

Aujourd’hui quatre sœurs y travaillent. Sœur Thérèse est responsable du français et de préparation des étudiantes aux examens du DELF (Diplôme d’études en langue française) . Sœur Mariam supervise les professeurs et enseigne le catéchisme avec Sœur Nabiha. Sœur Frida, la directrice de l’école. « Notre congrégation dirige l’établissement mais nous sommes sous la direction générale des franciscains comme toutes les écoles de Terra Sancta en Terre sainte. »

L’école accueille des filles âgées de 4 à 16 ans. « Nos filles font la 11e et 12e classe (première et terminale) à l’école de Terra Sancta pour les Garçons à deux pas d’ici. Mais cette année pour la première fois nous avons ouvert notre propre casse de 11e. »

Les sœurs ont la vocation particulière d’être en service auprès des filles. « Le but premier de nos écoles est l’éducation morale, scientifique et spirituelle. La fille est une future mère, si elle reçoit une bonne éducation, elle aura une bonne famille. L’éducation spirituelle et morale est donc importante, reprend-elle, mais son éducation scientifique n’est pas de moindre valeur. »

« Nous suivons le système pédagogique palestinien, ajoute la sœur. Pour l’enseignement de l’anglais et du français nous avons la liberté de choisir le système qui nous convient le mieux. Nos filles font les examens de français DELF A1, A2, et B1. À partir de l’âge de 10 ans les étudiantes apprennent la langue hébraïque. »

Dans la cour, profitant du carrée de soleil qui attiédit les dalles, les étudiantes sont assisses en rond à même le sol et révisent les leçons du jour. Les petites sont à l’ombre mais sous un ciel bleu, sautent, courent et se promènent en groupes mains entrelacées, faisant fi du carrée occupée et des rayons qui le réchauffent. L’espace de l’école, à première vue réduit, conforte les étudiantes dans une atmosphère familiale. L’école est construite autour d’une cour interne, qui a très peu ou pas changée depuis l’arrivée des premières sœurs. Les photographies monochromes d’archive d’un noir ambré ont figé l’école dans le temps. Ces images permettent de comparer tant l’élégance des chapeaux des étudiantes que la discipline qui les habitait, idée rendue patente par l’angle choisi par le photographe. « Il est vrai que nous avons une moyenne de 25 étudiantes par classe, mais notre effort doit traiter le cas par cas, dit-elle tout en tournant les pages de l’album, il est important de prêter une attention particulière à chacune des étudiantes. »

Selon la sœur, originaire de Bethléem, l’éducation religieuse est différente à Jérusalem. « Si nous prenons l’exemple de Bethléem en comparaison, là-bas il y a un engagement familial le dimanche à la messe. À Jérusalem il est très rare de voir ça, la famille et les liens familiaux s’effritent, dénonce la sœur d’une voix douce. Nous sentons dans les cours de catéchisme qu’elles sont détachées de cette réalité religieuse et avec ce détachement, il y a une indifférence pour la ville et ses lieux saints. » Cela s’explique en partie avec le coût de la vie qui n’en finit pas de s’élever. Les parents doivent de plus en plus travailler pour subvenir aux besoins des enfants. En conséquence moins de temps est consacré aux enfants, à la vie familiale, ou la vie spirituelle.

Les sœurs désirent élever davantage le niveau scolaire des filles et les amener à la soif du savoir. « Nos objectifs pédagogiques n’ont pas changé depuis notre arrivée à Jérusalem : élever la fille par l’éducation et la transmission du savoir, fortifier les sciences, la culture, et la foi. Une étudiante qui acquiert cette force peut aller partout. L’objectif n’a donc pas changé mais il a évolué, résume-t-elle, car le défi est d’évoluer avec le temps tout en gardant les principes que nous souhaitons transmettre. La science est importante mais l’Homme n’est pas dans ses titres mais dans ses valeurs, nous nous adaptons en vue de transmettre les valeurs humaines. »

Nizar Halloun

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