2015
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À Bethléem Noël sous le signe de la miséricorde

Cette année Noël se fête dans l’intimité palestinienne. Rares sont les groupes de pèlerins venus fêter la naissance du Christ. Pourtant, à 13h30, la place de la Mangeoire est bondée. C’est l’entrée en grande pompe du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal. Il est accueilli par les franciscains et les séminaristes du Patriarcat, ainsi que par les Arméniens et Grecs orthodoxes à l’intérieur de la Basilique. Ce Noël à Bethléem est probablement son dernier en tant que patriarche. Agé de 75 ans, il a remis sa démission au pape, comme le veut le droit canonique.

Fanfare scoute, bonnets de Noël, sapin géant, crèche grandeur nature, tout est là. Les Palestiniens, qu’ils soient chrétiens ou musulmans, sont venus en nombre pour participer à cette grande fête de Noël, qui rassemble dans les moments difficiles.

À peine la nuit tombée, la ville se pare des lumières des guirlandes multicolores. Le sapin, couronné de son étoile, agit comme un phare pour les badauds. Tous viennent prendre une photo auprès de ce géant qui trône sur la grand place. Mais à dix-neuf heures, ses lumières sont éteintes pendant cinq minutes. Le patriarche a voulu ce signe de solidarité avec toutes les victimes de la violence dans le monde, et plus particulièrement celles du conflit israélo-palestinien. Le sapin s’éteint, mais la pleine lune éclaire la foule, et un chant patriotique résonne. “C’est une profonde tristesse qui nous touche pour Noël cette année” confie Mona, une Palestinienne venue de Jérusalem avec ses enfants. “Ce n’est pas comme les Noël précédents” insiste-t-elle.

Il semble ce soir que l’appel du patriarche aux pèlerins à continuer à venir en Terre Sainte n’ait pas été entendu. Ou trop peu. Un groupe de lycéens français, venus de Lorient en Bretagne, ne cache pourtant pas sa joie d’être là. “C’est magique !” assure Alban. “Enfin c’est vrai qu’à Jérusalem on ne ressentait pas trop l’ambiance de Noël, mais ici ça y est” confie Isaure. Les vingt et un lycéens doivent célébrer la messe de Noël au Champ des Bergers, à l’instar d’une quarantaine d’autres groupes. C’est moins que les 70 messes de l’année dernière, et encore moins que les 140 de Noël 2013.

21 h. C’est l’heure d’aller prendre place dans l’église. Vers 23 h, le patriarche ouvre solennellement, après Gethsémani le 13 décembre, la porte sainte de l’église Sainte Catherine pour l’année de la Miséricorde. Il préside la cérémonie, en présence du patriarche émérite Michel Sabbah et du vicaire patriarcal, William Shomali. De nombreux frères de la Custodie, dont le gardien du couvent frère Ricardo Bustos, concélèbrent la messe, tandis que d’autres sont impliqués dans l’organisation de la célébration afin qu’elle se déroule dans les meilleures conditions.

Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, arrive quelques minutes avant minuit. Ministres, ambassadeurs, consuls et représentants diplomatiques sont présents.

L’homélie du Patriarche, lue par Mgr Shomali, a insisté sur l’importance de cette année de la miséricorde, pour nous rappeler qu’elle est nécessaire : “Ce dont nous souffrons en ces jours est l’absence de miséricorde […] La miséricorde ne se limite pas aux relations individuelles, mais devrait embrasser la vie publique dans tous ses secteurs : politique, économique, culturel, social… à tous les niveaux : international, régional et local, et dans toutes les directions : entre États, peuples, ethnies, religions et confessions…”.

“La miséricorde n’est pas une marque de faiblesse, a-t-il poursuivi, mais une expression de la toute-puissance divine qui s’exprime le mieux possible dans la miséricorde et le pardon. Il n’existe pas d’opposition entre la miséricorde de Dieu et sa justice, car il est juste, miséricordieux en pareille mesure. Quiconque refuse de recourir à sa miséricorde finira par tomber sous la poigne de sa ferme justice. Ce qui donne de l’espoir aux peuples et aux individus, victimes de l’injustice. Prévenant, Jésus Christ dit : “De la mesure dont vous mesurez, on mesurera pour vous.” (Mt 7, 2), et “Bienheureux les miséricordieux car ils obtiendront miséricorde”.”

À minuit, les cloches sonnent à toute volée, et le Gloria de la chorale de la Custodie fait vibrer l’Eglise. À la sortie de la messe on lit les sourires sur les visages. Peut-être faut-il se rappeler le sermon de saint Léon le Grand, lu ce soir : “Il n’est pas permis d’être triste, lorsqu’on fête l’anniversaire de la vie”.

TD

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