2015
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RENCONTRE ET FORMATION SUR LE JUDAÏSME ET L’ISLAM

« La nature et la vocation universelle de l’Église exigent qu’elle soit en dialogue avec les membres des autres religions. Ce dialogue est fondé au Moyen-Orient sur les liens spirituels et historiques qui unissent les chrétiens aux juifs et aux musulmans. »
Extrait de l’Exhortation Apostolique post-synodale « ECCLESIA IN MEDIO ORIENTE » de Benoît XVI, n.19.

Mardi 20 janvier, la salle Saint François de la Curie Custodiale a vu la participation attentive, curieuse et nombreuse de frères et sœurs. Tous désirent que leur vie quotidienne coude à coude avec juifs et musulmans devienne un cheminement « bras dessus bras dessous » sur les routes de cette terre aimée, de la même manière, par tous. Ce désir a été renouvelé par la Prof. Lea Di Segni et le Dr Adel Abdelmesk qui ont présenté respectivement « Les Fondements de la Religion juive », et « Les Fondements de la Religion islamique ».
La Prof. Di Segni a mis l’assemblée tout de suite à l’aise en partageant, avant sa conférence, un fait personnel qui a résonné comme un remerciement aux personnes présentes. Elle a rappelé que sa famille échappa aux lois raciales italiennes, durant la période fasciste, grâce au courage d’un prêtre et d’un saint laïc, récemment canonisé.
Elle a poursuivi sa conférence en présentant un tableau des multiples expressions qui composent le monde juif d’aujourd’hui. Celles des juifs « orthodoxes », qu’on reconnaît par leur habillement bigarré et folklorique, souvent sur des positions fondamentalistes et même extrémistes, qui peuvent être dangereuses ; puis celles « officielles et historiques », qui se reconnaissent dans le Grand Rabbinat de Jérusalem. Enfin, surtout en Amérique, mais présents également en Israël, les « réformés » plus ouverts à la modernité. Cependant, nombreux sont les agnostiques qui, même s’ils ne respectent pas les préceptes de la Torah, ont le désir de « circoncire » leurs fils (95% des cas) et de souligner leur appartenance au peuple hébreu au moins dans les grandes fêtes, comme la célébration de la Pâque.
La majorité de ces mouvances ne reconnaît pas une autorité centrale. Une attention particulière a été réservée aux Hassidim, alors que l’intervenante ne pense pas qu’il faille inclure les juifs messianiques parmi ces multiples expressions juives.
Abordant ensuite le thème qui lui avait été assigné, elle a offert une synthèse des fondements de la Religion Juive suivant les treize principes du judaïsme de Maïmonide (1135-1204).
Les cinq premiers soulignent l’existence infinie du Dieu vivant et unique, dont l’unité est incompréhensible et insondable. Sa sainteté sans égal est antérieure à toute chose créée, dont Il est le Maître ; cela témoigne de sa grandeur et de sa souveraineté. Dans les trois principes suivants (n. 6/9), on parle de la grâce de la prophétie que l’Unique Dieu donne à ses élus : à travers Moïse – jamais en Israël il n’y eut prophète plus grand que lui – Dieu nous a fait don de la Torah, immuable pour l’éternité. Dans les n. 10-11, on indique l’omniscience du Très-Haut qui connaît les pensées secrètes de l’homme ; Il récompensera les justes selon leurs mérites et les méchants selon leurs fautes. Au n. 12 on annonce l’arrivée du Messie à la fin des siècles et, au n. 13, la résurrection des morts.
L’intervenante a souligné plusieurs fois que ces principes concernent seulement les Juifs, qui ne sont pas intéressés par le prosélytisme. En effet, ils croient à l’universalité du salut pour tous ceux qui ont la foi dans le Dieu unique. Déjà Maïmonide avait indiqué les sept commandements de Noé, indispensables pour tous les non juifs afin d’obtenir le salut : bannir l’idolâtrie et garder le saint Nom de Dieu ; ne pas commettre d’homicide, ni d’inceste ; ne pas voler ni manger la chair avec son sang et, enfin, créer un système judiciaire.
Elle a encore offert d’autres points de réflexion, intéressants mais que l’on ne peut relater de façon exhaustive ici. Simplement, elle a indiqué de façon ferme et rassurante ceci : le rejet que l’on peut ressentir de la part de certains fondamentalistes n’a rien à voir avec la majorité des juifs, qui reconnaît dans la vie civile la même dignité à tout citoyen résidant en Israël.
S’en est suivi l’autre conférence, toute aussi savante, du Dr. Adel ABDELMESK, président de l’association des Médecins Palestiniens œuvrant autant en Israël que dans les territoires de l’Autorité Palestinienne. Dans sa présentation initiale, il a parlé de son engagement professionnel, mais aussi de sa participation directe aux organismes politiques qui œuvrent pour la libération des territoires occupés. Il a déclaré, lui aussi, son amitié avec l’assemblée, parlant de la collaboration à Bethlehem avec de nombreux amis chrétiens et rappelant que l’imam de Bethléem a marché main dans la main avec le prêtre chrétien.
L’intervenant a affirmé également la non-implication de l’Islam dans les atrocités du soi-disant califat Daech, qui fait plus de victimes parmi les musulmans que parmi les membres des autres confessions religieuses. Il a pris ses distances – en le condamnant – avec l’attentat de Paris, mais il a attesté avec la même fermeté que l’Islam ne peut admettre qu’on tourne en dérision Allah et son prophète.
L’intervenant musulman a, lui aussi, illustré la variété des expressions et des confessions à l’intérieur de l’unique profession de foi islamique. Malheureusement cette diversité dégénère en conflits sanglants, surtout au Moyen-Orient. Cependant, la violence, comme le soulignait le Dr. Adel, n’appartient pas à la nature de l’Islam, mais à des interprétations erronées et à des situations politiques subversives. Il lui a été plus difficile de nous indiquer la distinction entre religion et politique.
Son intervention a pris de l’envergure lorsqu’il a présenté les cinq piliers qui soutiennent le monde de l’Islam : la confession dans l’unique Dieu et la grandeur de son Prophète, les cinq rendez-vous quotidiens de la prière, le ramadan, l’aumône et le pèlerinage à la Mecque (une fois dans la vie).
Le Dr. Abdelmesk a lui aussi parlé de pleine disponibilité à collaborer avec les chrétiens et de déclaration de sincère amitié.
Après ces deux remarquables interventions, Frère Marcelo a confié la conclusion de la rencontre au Père Custode qui a invité tout un chacun à s’engager dans un accueil toujours plus illuminé et chaleureux.
Le repas, qui a conclu la matinée, a rassemblé autour d’une même table toutes les personnes présentes : un signe très parlant qu’il est possible non seulement de vivre coude à coude, mais ensemble « bras dessus bras dessous ».

P. Giuseppe Gaffurini

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