2015
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Liban : une paroisse franciscaine aux côtés des chrétiens d’Irak

La Custodie de Terre Sainte est présente au Liban. Active dans plusieurs villes et villages, elle a récemment été sollicitée par des familles irakiennes de Qaraqosh réfugiées au pays du Cèdre. Direction la paroisse franciscaine de Deir Mimas, à l’extrême sud du Liban, où le père Toufic a décidé de venir en aide à ces familles.

En ce début d’hiver, les kilomètres défilent au compteur de la voiture du père Toufic. C’est le premier jour de la semaine et comme à l’accoutumée, il a deux messes à célébrer ; la première à 8 h 30 dans la ville côtière de Tyr, la seconde à 11 h dans les montagnes reculées de Deir Mimas. La Custodie de Terre Sainte y est présente depuis plus de soixante ans avec une église et un couvent. Il n’y a pas de temps à perdre, les fidèles ne se font pas attendre et tout particulièrement les derniers arrivés sur la paroisse : des familles chrétiennes venues de Qaraqosh en Irak.
Depuis quelques semaines et après avoir quitté parents, emplois et biens, elles ont trouvé refuge dans ce nid perché qu’est Deir Mimas, à 90 km de Beyrouth. Le père Toufic, en charge de la paroisse latine, et l’ensemble de ce village chrétien de 400 âmes les ont accueillis matériellement et moralement. “Comment faire autrement ?” questionne une des paroissiennes à la sortie de la messe. “Tous les jours, nous entendons parler de la situation du peuple irakien et tout spécialement des chrétiens qui ont dû fuir, menacés par l’État Islamique. Alors quand on nous a dit ‘demain des familles chrétiennes de Qaraqosh vont venir se réfugier chez vous’, on s’est organisé”. La simplicité des mots et la sympathie spontanée des villageois de Deir Mimas peuvent laisser perplexe, surtout quand on connaît la pression démographique et économique que font peser sur le Liban les réfugiés syriens 1,6 million, 300 000 Palestiniens et 9 000 Irakiens déjà présents.
Mais comment accueillir des familles démunies, où les loger, où scolariser leurs enfants ? Les habitants de Deir Mimas sont loin d’être rentiers, pour une grande majorité ils sont producteurs d’olives ou employés dans l’armée de la FINUL – la Force Intérimaire des Nations unies au Liban. L’économie du sud Liban a été grandement fragilisée par les guerres successives avec Israël, la dernière remonte à 2006. Mais c’était compter sans l’inventivité du père Toufic, franciscain libanais et supérieur du couvent de Beyrouth. Il explique : “Pour une partie des habitants, Deir Mimas n’est qu’une résidence secondaire estivale, le reste de l’année ils préfèrent le climat plus doux de Beyrouth. Nous leur avons demandé s’ils étaient prêts à louer leur maison à bas prix pour accueillir ces familles”. Et l’on assiste à un œcuménisme de l’entraide : la Custodie de Terre Sainte prend pour le moment à ses frais les loyers des sept appartements mis à disposition et la paroisse grec-orthodoxe a fait le plein de fuel pour l’hiver ; les habitants donnent des vêtements et des aliments. Lena Ghazzi, seule femme élue au conseil municipal de la ville, se démène dans le village : distribution de rations alimentaires, contact avec des Ong pouvant prendre en charge des frais de santé, transports, traduction… Elle nous emmène rencontrer une des familles. Le père Toufic arrive les bras chargés et les enfants accourent, en quelques semaines il est devenu un familier.
Najlaa la trentaine, mère de trois enfants qui ne la quittent pas. Rania son aînée a 10 ans, David quant à lui a fêté ses 8 ans le jour de son arrivée au village ; la petite dernière, Nour, n’a pas encore 4 ans. Leur histoire ? Semblable malheureusement à celles de bien des familles de Qaraqosh qui était la plus grande ville chrétienne d’Irak. Le 7 août 2014, la ville est tombée aux mains des islamistes et ce fut la fuite, soudaine, après des semaines d’angoisse et de résistance. Première destination, la Turquie : “Il y avait la barrière de la langue, nous parlons araméen ou arabe mais pas turc. Et puis, les chrétiens ne sont pas les bienvenus alors nous avons dû nous terrer pendant quarante jours, on ne sortait pas, on ne parlait à personne” raconte la jeune mère jetant un regard sur ses enfants. Le silence profond de ces derniers ne laisse aucun doute ; entre exode, illégalité et pauvreté, ils savent bien que la vie ne sera plus jamais comme avant. Najla et son mari avaient une vie confortable et même une voiture, lui était enseignant. Rania, du haut de sa dizaine d’années, dit que sa maison lui manque mais aussi ses amis, elle aimerait aller à l’école, apprendre l’anglais, “mais j’aime bien le Liban” dit-elle en souriant.

Nourrir l’espérance

Le dimanche matin, ces exilés viennent écouter les prêches du père Toufic. Ces familles sont catholiques, certes de rite oriental, mais elles professent la même foi en Jésus-Christ et communient à la même eucharistie. Dans le village il n’y a pas de paroisse syriaque catholique alors les familles poussent la porte de l’église la plus accueillante. Le père Toufic y met un point d’honneur : “Le pape François ne cesse d’inviter l’Église à se rapprocher de ses frères catholiques d’Orient, c’est maintenant qu’ils ont besoin de nous.” Ainsi Noël a été célébré dans la joie, un grand repas fut organisé avec distribution de cadeaux pour les enfants. Des activités récréatives pour les jeunes et une animation spirituelle sont en préparation pour l’année à venir. La paroisse franciscaine dispose en effet d’une grande salle de réunion et d’un terrain de sport : “Au moins quelques heures, chaque samedi, pour débuter cela serait bien” espère l’infatigable franciscain. “Ces familles ont presque tout perdu, on ne doit pas laisser leur espérance chrétienne à la dérive, il nous faut la nourrir” confie-t-il. Ce franciscain n’est pas prêtre syriaque et n’a pas l’ambition de le devenir : “Je suis catholique latin et je suis ravi que certains frères d’un autre rite puissent découvrir notre façon de vivre notre foi même s’ils ne sont que de passage. Nous devons nous enrichir de cette rencontre”. Sous la protection de saint Mamas, martyr du IIIe siècle ayant donné son nom au village, ces familles irakiennes sont venues remettre l’incertitude de leur destinée : “Ici nous nous sentons presque chez nous parce que l’on nous regarde avec bienveillance” conclut Najla.

Un bus pour aller à l’école

Retirées à Deir Mimas, ces 8 familles irakiennes et surtout les 19 jeunes qui les composent ont besoin de s’intégrer à la société libanaise. Si les enfants ont bien été inscrits dans les écoles voisines de Klayaa, ils ne peuvent s’y rendre faute de ressources pour payer le transport scolaire. “Pour ces 19 jeunes, un minibus, 5 fois par semaine pour les 6 prochains mois reviendrait à peine à 1500 euros” explique le père Toufic. Les enfants pourraient non seulement apprendre mais surtout sortir de leurs maisons, se changer les idées et jouer avec des jeunes de leur âge.

Emilie Rey

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