2014
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Jeudi saint à Jérusalem : une journée intense

Jeudi 17 avril, depuis 7h du matin le parvis de la basilique du Saint Sépulcre est pris d’assaut, les barrières de sécurité et la police israélienne sont en place, tout comme les caméras et les journalistes. Ce jeudi matin, à Jérusalem et partout dans le monde, a débuté le triduum pascal. La délégation du patriarche latin de Jérusalem fait son entrée dans le Saint Sépulcre où il va procéder au lavement des pieds et de la commémoration de la Sainte Cène. Les premières notes de l’orgue retentissent et la chorale de la Custodie, à laquelle s’est joint le chœur hongrois de Sainte Angela (Budapest), entonnent l’antienne « Dieu que les peuples te rendent grâce tous ensemble ! ». Cette communion est bien réelle, sur le parvis de la basilique, les grecs orthodoxes célèbrent dans le même temps leur liturgie. À l’intérieur, c’est une véritable mosaïque humaine que l’on retrouve debout autour du tombeau et dans un pieux silence qui contraste avec le quotidien. Ceux qui ont pu se procurer un livret liturgique suivent toutes les étapes de la célébration : lectures, homélie, lavement des pieds par le patriarche latin aux fidèles devant le tombeau, renouvellement de la promesse des clercs, bénédiction des huiles pour les malades et les catéchumènes et enfin le Saint Chrême qui imprimera un caractère indélébile sur le front des nouveaux baptisés, confirmés et prêtres.

Faute de sonorisation, il faut tendre l’oreille pour entendre les voix qui se succèdent. Mais l’essentiel n’est pas là, aujourd’hui dans cette cérémonie unique, les chrétiens latins s’inscrivent dans une tradition initiée par les franciscains à savoir célébrer le Jeudi Saint au Saint Sépulcre. Alors que de nombreuses personnes continuent de penser que l’on s’y rend faute de pouvoir célébrer au Cénacle, le frère Stéphane rappelait : « les franciscains ont choisi de célébrer au Saint Sépulcre car le Jeudi Saint n’est pas une mascarade où il s’agirait de mimer le dernier repas du Christ au Cénacle. Non, le Jeudi Saint porte un sens beaucoup plus fort : il est ce doigt tendu vers le mystère pascal, vers le Calvaire. Par notre présence, nous rendons présent ce que le Christ a voulu signifier à ses amis ».

Quelques heures plus tard, le religieux laisse place à la tradition. Tous les jeudis saints depuis le milieu du XIXe siècle, les franciscains ont le privilège d’entrer en possession de la clé du Saint-Sépulcre et d’ouvrir les portes de la basilique qui se refermeront pour l’adoration. Depuis la conquête de la ville par Saladin, la clé du Saint Sépulcre est confiée à deux familles musulmanes de Jérusalem. Pour la cérémonie de l’ouverture, des représentants de chaque famille se rendent jusqu’au couvent Saint-Sauveur. Ils y rencontrent le Vicaire custodial, frère Dobromir, qui les accueille pour une tasse de café et quelques gourmandises. Plusieurs générations sont présentes aujourd’hui autour de la table : la génération montante doit apprendre les gestes de ce rituel et l’importance de la tradition. L’ambiance est chaleureuse, on discute tranquillement des dernières nouvelles du quartier. « Ce geste est vraiment symbolique. C’est un signe des bonnes relations entre les communautés et de respect, » explique Frère Dobromir. La petite assemblée se dirige ensuite jusqu’au Saint Sépulcre. Une fois devant la basilique, une petite trappe carrée s’ouvre dans l’imposante porte en bois. On y fait passer une vieille échelle sur laquelle le portier grimpe pour atteindre la première serrure. Il s’attaque ensuite à la seconde serrure. Avec lenteur, les deux lourds battants s’ouvrent alors devant des centaines de pèlerins qui attendaient ce moment avec impatience.

À peine la délégation est-elle remontée qu’il faut déjà penser à partir, de nouveau en procession, cette fois pour le Cénacle. Dans les rues bondées de croyants juifs et chrétiens, la police municipale organise les déplacements. Arrivés au Cénacle plongé dans l’obscurité, les franciscains commencent la prière. Et après les lectures, le Custode lave les pieds de douze enfants de la paroisse qui feront prochainement leur confirmation. Le lieu où la tradition a situé la Cène est bondé, pourtant, pas de bousculade mais une communion dans la prière dite dans divers langues. De là, la cohorte, à une bonne cadence, se rend selon la tradition au couvent Saint-Jacques des Arméniens. Les pèlerins essaient de suivre le rythme, il faut veiller à ne pas se laisser distancer par les frères. La halte chez les Arméniens est en souvenir de l’hébergement qu’ils offrirent aux frères après leur expulsion du Cénacle au XVIe siècle. Une chapelle puis une autre, on se perd dans le dédale. Pas de visite à l’Église syriaque cette année. À l’heure du passage des Franciscains devant le couvent saint Marc, ils célèbrent à leur tour le lavement des pieds.
17h30, la paroisse latine de Jérusalem prend le relais. Une nouvelle église comble. Ici, la prière est intégralement en arabe. Et là aussi, là encore, le Custode a lavé les pieds de paroissiens. Six pères et leur fils, pour marquer l’année de la famille.
Quand s’achève cette célébration. Une autre se prépare. La grande nuit de Gethsémani.

La nuit tombée les pèlerins affluent vers l’église des Nations, construite à côté du jardin de Gethsémani. Tous sont venus accompagner le Christ pour une heure sainte de prière et de recueillement avant la Passion du lendemain. Sous les arcs dorés de l’église, la cérémonie commence. L’atmosphère est calme, mais vibrante d’émotions. Lorsque la voix du chœur s’élève, le Custode s’approche de la pierre sur laquelle Jésus, en prière, sua des gouttes de sang alors même que ses disciples n’avaient pas eu la force de veiller à ses côtés. Il y jette des pétales de rose symboliques. Lectures, prières et chants, remplissent pendant une heure l’église comble. A la fin de la cérémonie, les pèlerins s’avancent pour une dernière prière sur la pierre del’agonie, ils s’agenouillent, l’embrasse, récupèrent quelques pétales.

Dehors, on s’assemble et on distribue des bougies pour la procession aux flambeaux jusqu’à Saint-Pierre en Gallicante. Lentement, chacun s’avance, chaque communauté entonne des chants et des prières et monte le long des remparts de la vieille ville. L’atmosphère n’est pas la même en fonction des groupes. Certains chantent de manière vive, accompagnés de guitares ou de percussions, d’autres sont silencieux. Un groupe d’éthiopiens entonne un rosaire d’une voix profonde, douce. Leurs prières sont psalmodiées, leur rythme envoûtant. Après la longue journée de cérémonies bien ordonnancées, la procession est emprunte de dépouillement. Les regards des fidèles, éclairés par les cierges, sont émus par la prière. En longeant les murs de la vieille ville, la procession rencontre des dizaines de Juifs orthodoxes qui reviennent eux aussi de leur prière du soir. Ils s’arrêtent et observent, silencieux et respectueux, ébahis, la longue cohorte des chrétiens qui résonne de chants différents. Cette scène, c’est l’essence même de Jérusalem. Arrivés à Saint Pierre en Gallicante en contrebas tout le monde s’arrête pour une dernière prière à la lumière des flambeaux. Il est temps de repartir : demain, il faudra se lever à l’aube pour assister à la Passion du Christ.

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